Ou plutôt, un morceau de l'histoire de cette petite dame.
En octobre, alors qu'elle marchait plus difficilement, elle glisse et tombe en rue, un voisin la ramène chez elle. Elle se plaint de sa mésaventure à sa belle-fille. Le lendemain, elle retombe, mais chez elle.
Son fils vient la voir avec des béquilles, lui explique comment marcher, tout va bien, et lui suggère de faire divers exercices pour ses jambes, sans doute un peu faibles. Un mini pédalier est placé près de sa chaise principale.
Le lendemain, elle retombe encore, le fils vient et une béquille plus le fils, ça va, une béquille seule ou les deux ne suffisent pas.
La visite d'un médecin est suggérée, mais la petite dame ne veut pas.
Le jour d'après, la petite dame tombe en sortant de son lit et c'est là que son fils la retrouve quand il vient lui rentre visite à midi pour lui apporter à manger à table.
Là, il insiste, dit qu'il ne partira pas tant qu'un médecin ne sera pas venu. Elle accepte la visite, mais 3 heures après.
Quand le médecin arrive, il est 18h00. Il est alarmé par l'état de ses bronches (la petite dame traîne une bronchite chronique depuis plus de 40 ans et a gardé l'habitude de s'enfiler des gauloises, ça n'aide pas). Quand il voit qu'elle ne tient plus debout, il dit qu'elle doit aller à l'hôpital, ce que refuse évidemment la petite dame, le médecin fait un mot pour ses collègues des urgences disant qu'on peut l'employer immédiatement, dans l'heure, le lendemain...
Il faudra encore une bonne heure pour que la petite dame accepte l'ambulance.
Ce lundi soir, aux urgences, ils trouvent une pneumonie et estiment que l'explication est suffisante, malgré les dires du fils qui insiste (lourdement) sur la rapidité du déclin des jambes, alors que les bras restent costauds...
On traite donc la pneumonie, tout le monde s'inquiète de la respiration de la petite dame qui s'en irrite, et malgré les discours répétés du fils, on ne s'occupe pas des jambes. Dommage.
On traite la pneumonie et la met sous oxygène.
Trois jours après, les membres inférieures ne répondent plus du tout, s'ensuit la perte de contrôle de la micton, de la sensibilité etc.
Donc là, ça commence à bouger et le samedi soit 6 jours après, deux neurologues voient la petite dame, une résonnance magnétique est demandée pour le lundi, et là ça s'accélère, un peu tardmalheureusement.
Le lundi, avec la résonnance, il s'avère qu'une tumeur bloque deux vertèbres et comprime la moelle épinière. Il faut opérer d'urgence.
On apprend également que cette tumeur est probablement une métastase d'une plus grosse située dans les poumons.
On transfère donc la petite madame en urgence, à 19 heures, dans un autre hôpital, lui explique les risques de l'opération.
Risque d'infection, de blesser la moelle, qu'elle ne supporte pas l'anesthésie qu'on ne puisse plus la décrocher du respirateur artificiel etc. Elle accepte et lance à son fils en partant vers la salle d'opération, "je veux être enterrée".
Son fils lui répond "à demain, maman" (on se demande quelle personne il essayait le plus de convaincre).
Tout se passe bien, mais l'intervention a eu lieu trop tard.
Elle restera donc paraplégique.
Aux soins intensifs, tout le monde s'inquiète de sa respiration, veut aspirer ses poumons, elle ne veut pas.
On lui explique qu'elle est déjà oxygéno-dépendante, qu'avec les poumons encombrés, ils ne sont pas sûrs de pouvoir la garder en vie. Elle dit qu'elle s'en fout, qu'elle préfère crever une bonne fois qu'avoir l'impression d'y passer à chaque aspiration.
Plusieurs médecins aux urgences ont l'impression que la petite dame ne se rend pas bien compte de son état et décide donc d'en discuter avec elle devant son fils.
Elle explique donc au médecin qu'elle a un cancer du poumon et peut donc partir d'une semaine à l'autre, c'est le médecin qui a l'air dépité, elle lui demande "c'est inéluctable?". Le médecin répond "oui", elle répond "alors!" L'air de dire, autant s'en faire une raison.
Comme elle refuse les soins/chimios/aspirations et autres, on la déplace dans un service où elle semblera aller un peu mieux, la pneumonie disparaissant.
Malgré tout, il est clair que vu la paraplégie, la petite dame ne pourra pas retourner seule chez elle. Ne voulant pas être un poids pour quelqu'un, on s'oriente donc vers un service de soins paliatifs et de confort.
La petite dame est contente, elle y a rapidement une place. On lui propose des menus différents, lui fout la paix avec sa respiration.
Un jour on oublie de lui remettre l'oxygène après un aérosol.
La petite dame, ravie, ne dit rien.
Quand on s'en rend compte, comme elle va bien, on la laisse tranquille, elle reprend de l'appétit, finit ses assiettes, lit.
Son fils vient la voir deux fois par jour, elle a d'autres visites régulières.
Mais, fin de la semaine passée, elle "dort" 36 heures, immobile, sans répondre à aucune solicitation.
Puis en sort, se plaignant d'avoir soif lors de la visite de sa fille, non seulement, elle a soif, mais elle a faim, deux soupes y passent, son plateau repas et deux bâtons de chocolat.
Le lendemain, elle dévore son déjeuner réclame une tartine supplémentaire. Et quand son fils arrive, demande les croissants promis.
Malheureusement, elle retombe dans l'inconscience, elle en sortira encore deux fois donnant de faux espoirs à ses proches, vu qu'elle s'est éteinte ce mardi aux alentours de 20H00.
Cette petite dame était ma maman, et j'ai mal.
